
Toi qui pars au travail
Le coeur lourd de fatigue
Et le sang en bataille
Qui menace la digue.
Toi qui pars au travail,
Toi qui n'est pas Rodrigue,
Ça va faire un bon bail
Qu't'es plus le fils prodigue.
Sur ta pomme d'Adam,
Le noeud de ta cravate,
Il est comme tes dents :
Serré sur ta vie plate.
Et comme un automate,
Tu affrontes le vent
Des matins qui s'déboîtent
En te rentrant dedans.
Et tu fais ton chemin
Sans relever la tête,
L'âme en puit de chagrin,
Le corps en épuisette.
Tu ne vois plus demain,
Tu es dans la tempête
Et souvent dans tes mains
Tu recomptes tes dettes.
Alors serrant les poings,
Triste dans ta cachette,
Tu repars le matin,
Sans espoir de conquête.
Et tu fait ta journée
En massacrant tes rêves,
Sans bien conscientiser
Que t'es le porte glaive
D'un système où bosser
N'est rien qu'un tire-sève,
Dont le porte monnaie
Joue à télé relève.
Toi qui vas au travail
Avec la mort dans l'âme,
Comme va le bétail
Quand la P.A.C le condamne,
Sache qu'il reste encore
Une place à se faire
Sans finir dans l'décor
D'un monde sans repères ;
N'attends pas que ton corps
Soit détruit par tes nerfs,
Résister c'est si fort
Que ça te rend de l'air.
Et un jour de trop plein,
Ose croire en toi-même,
Envoie valser très loin
Tous tes bons vieux problèmes :
Ose te demander
Ce que tu voudrais être,
Et quand tu as trouvé :
Fonce droit vers ta quête....
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