Devant le squat, rue des martyrs, y'avait un type un peu bizarre...Et j'ai compris quand le fakir m'a dit :
- "un ex-videur de bar..."
Épaules larges, peau burinée, ce qu'on voyait sur son visage, c'était avant tout son gros nez et son regard qui portait loin, comme s'il recherchait quelqu'un sur une ligne d'horizon, en n’vous laissant entre les mains que l’impression d’être un gros con.
Et ses cheveux mi-longs, qu'il portait au carré, accentuaient l'impression que le gars m'avait fait. On aurait dit un chef indien surplombant tout de sa stature avec un air de philosophe, (ce qui n'était pas pour me plaire : je suis une vraie catastrophe quand il faut peser plus que l'air.)
Comme je n'ai pas tout compris au charabia de mon ami, je vous le retranscris ici. C'est mot pour mot ce qu'il a dit :
"Le monde est fait à notre image,
Né d'un trou noir en plein chaos,
Pourquoi montrent-ils, du nauffrage,
Uniquement le côté beau ?
Moi je suis là depuis des lustres,
Je suis un videur de la nuit,
Je suis des yeux ce qui vous frustre
Et je renvoie tout à l'ennui.
J'attends un rêve aux idées larges,
un monde avec tous ses côtés.
J'aime mater dans les décharges...
Moi j'y trouve de la beauté.
Car souvent c'est dans les ordures
Qu'on voit mieux ses propres déchets
Et qu'on se trouve une ouverture
Où l'âme prend d'autres reflets...
Je suis comme un gardien de phare
Qui attendrait son océan
En le cherchant dans le regard
D'un monde qui serait trop grand.
Je suis rivé à cette porte,
On s'y reverra très souvent,
Pas d'risque que le vent m'emporte,
Je suis coulé dans le ciment."
Ça m'a laissé perplexe et un peu ébahi, alors dans un réflexe, j'ai bêtement dit : "merci"...
(L'incipit est "côté forum", pour ceux qui veulent connaître le contexte dans lequel s'inscrit ce passage.)
Pages