Il était comme nu sous la pluie, immobile. Le froid ne l'atteignait pas, il était ailleurs. Comme au bord du monde, et prêt à bondir. Ce moment comme devant le néant et la peur de l'inconnu. Et au contraire de l'angoisse, l'envie, le besoin de ce pas en avant. Il s'engagea alors sur l'avenue noire sur sa droite.Elle était seulement éclairée par l'orage qui était maintenant à son paroxysme, et par quelques lampadaires, parmi les arbres, qui luttaient aussi à leur manière contre la nuit. Les basses maisons des deux cotés en faisaient comme un large couloir, une invitation à la promenade. Il aimait marcher sous la pluie, un souvenir d'enfance. C'était maintenant devenu un vrai moment pour être avec soi-même. Et quoi de mieux que cette nature sauvage pour ça.
Et le vent qui soufflait par rafales lui donnait une respiration, comme en phase avec le monde, une petite idée de l'univers. Le tonnerre lui donnait ses harmoniques graves. Il aimait l'idée de Wagner sous l'orage, le coté sombre et tourmenté et cette idée de la puissance à l'oeuvre.
Puis il comprit. La réponse était dans la question. Il avait juste à faire ce qu'il y avait à faire. Tout se dégageait au fur et à mesure. Pas de raison que ça change. Au coeur de la tempête il devenait sur de son futur.
Commentaires
Les marcheurs de la pluie
sam, 09/06/2012 - 12:38 — FoxMerci pour le dormeur du coin de la rue, qui a décidé de laisser filer les étoiles sous ses yeux... Et merci à Kathleen aussi, parce que je sais qu'elle passera lire ;-) Ton texte m'a inspiré... Je te mets là ce qui m'est venu en tête : C'est la vie qui résonne, sur les pavés glissants, quand le vent tourbillonne et s'accroche à la pluie. Ça fouette le visage au passage du temps, la marche est ralentie par le jet noir de nuit. Si l'on baisse la tête, sous le torrent, meurtris, les pieds marchent sans cesse, sans se mettre à l'abri. Les Autres sont rentrés, mais il reste la nuit ceux qui s'aident du ciel pour pleurer leur ennui. Ils tournent dans les villes, quand tous les chats sont gris, ou bien dans les villages, peu importe l'endroit... Ils sont tous de la race issue des marécages, et quand revient la pluie, ils sortent leurs nauffrages. C'est la mélancolie qui tombe en gouttes froides, qui étouffe en leur âme ce feu qui brûle encore. Quelques fois on en voit certains qui crient de rage : ce sont tous les nouveaux qui ne s'habituent pas à l'appel dévorant quand éclate l'orage. Les marcheurs de la pluie les laissent tempêter. Depuis longtemps déjà leur barque est sans dérive et ne glisse vraiment que sous les trombes d'eau. Ils connaissent la peur des premiers jours de pluie mais ils passent sans bruit près des nouveaux venus. Ils rentreront mouillés quand cessera l'averse, ils veulent pour leurs pieds des chemins de traverses. Sur leur corps fatigué fort des larmes du ciel, ils laisseront couler la plaie qui les transperce. Bon, et puis Salut à Joseph hein, parce que la pluie, ça reste quand même son domaine.... :D Agnès
Attendre
mer, 13/06/2012 - 23:22 — kathleenEt tiens d'ailleurs je passe par là ce soir. Dans une de vos rues, un pas à côté de vous sur le trottoir, et la nuit aussi, et la pluie. Et ces choses que vous décrivez très bien, comme la suite du petit texte de Fox l'autre jour, continuez s'il vous plait, nous sommes intimes ici.
Michel, tu écris tellement bien
Agnès, je me rappelais que tu t'appelais Agnès car c'est comme ça que tu avais signé ton premier commentaire
Agnès maintenant c'est une habitude, j'aime beaucoup ce que tu dis
D'ailleurs souvent vos écrits se répondent
Eho
Continuez, c'est chouette ce que je lis de vous, moi en ce moment je suis sèche d'inspiration. Enfin celle que je m'autoriserais à déposer ici. Grâce est un peu triste depuis quelques jours, je ne comprends pas pourquoi. Aujourd'hui elle a même fui ma main
Je ne comprends toujours pas
Alors j'attends
Rien ne semble la persuader
Dans le fond ce n'est certainement rien, mais cette jument me communique tellement de choses que là.. je suis aussi en train de remonter une avenue
C'est la nuit j'ai peur et même si "tous les chats sont gris", je ne peux m'enlever cette image
Elle
Et cette distance qu'elle met
Mon impuissance
Savoir en même temps qu'il n'y a rien d'autre à faire
Qu'attendre.
kathleen
cette respiration
jeu, 14/06/2012 - 01:57 — mixl'attente
ce temps
comme une pause
comme le silence entre deux notes
la vibration du silence
et l'espoir
comme une certitude
l'attente
mix
et puis
jeu, 14/06/2012 - 12:44 — mixil y a tellement de choses qui m'emportent
dans cette histoire de marcheurs de pluie
tellement de choses
comme les pauvres de londres
qui n'avaient pas le droit de s'allonger la nuit
et qui marchaient
tout le long du noir
forçats du désespoir
dans l'attente du jour
pour d'autres tourments
les tourments du jour
petites misères que sont les nôtres
et joseph avec nous
mix
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