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LES FILS DE BRUTE... (412)

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Blonde peroxydée jusqu’aux ongles maquillés,
Je la sens, je la sens, cette odeur d’eau oxygénée
Avec ses propos empreints d’un cerveau oxydé
Qui aurait tendance à agacer le premier pilier
Aux yeux pervers perlés couchés sur le comptoir,
Entrain de rêver de pistolet entre les brèches
Du bois qui a bu tant de mauvais pinard,
Pour encore se rappeler de ce dernier soir
Où la fille est montée dessus pour faire son show,
Gagner deux ou trois dollars et quelques numéros.
Enfant de salop ressort ton cœur du vestiaire
Laisse tes pleurs inonder les lames de la serpillère,
Qui valse à chaque levé de lune pour lécher le parquet
Tantôt salit par un vomis ou par un verre renversé,
À force de trop s’ennuyer à regarder l’heure tourner.

Si pour les fils de brute en rut c’est l’amour incarné,
Au fessier si parfait et souliers calmement posés
Qui cache la misère et ses vieux ongles incarnés,
Pour faire de sa transparence une porcelaine sacrée,
Je sais que pour d’autres gars c’est de la beauté
À s’en faire interner tellement ils deviendraient mauvais
De ne pas lui jurer à quel point ils peuvent la détester
De trop la désirer.

L’étau se ressert et mon infini dessert s’approche,
Le pianiste s’énerve en écoutant couler de la morve
Des nez plantés par la chaleur de ses quelques notes,
Le monde s’arrête quand il se met soudain à chanter
Avec sa voix rouillée telle une porte qui ferait grincer,
Quand il se met à faire l’amour avec les cordes
Aussi tendues que les voisins dans la rue,
Qui en ont marre d’entendre jusqu’à si tard
Les coups de poignard dans les torses vêtus
De manteaux velus et des filles à moitiés nues
Qui cherchent à s’offrir de quoi oublier le mariage,
Lors d’un virage en risquant de se prendre le mur
Aux milliers de frissons où l’importance des pulsions
N’est qu’une diligence de décadence pour oublier la raison.
L’artiste décortique la musique à n’en rien envier à un soldat
Derrière une batterie qui le fait avec un croissant de flotte salée,
Donner à bouffer un canon décalé en échange de son cachet
Pour à force de trop jouer se faire soigner l’usure de ses doigts.

Si pour les fils de brute en rut c’est du velours incarné,
Au palais parfait et souliers teintés de rouge
Pour cacher la douleur de se faire marcher sur les pieds,
Parler aux hommes comme aux chiens pour les dominer,
Je sais que pour d’autres gars c’est de la beauté
À s’en faire interner tellement ils deviendraient mauvais
De ne pas lui souffler à quel point ils peuvent la détester
De trop la désirer.

Elle s’assoit et j’ai peur qu’il me dise aussi bonsoir,
Qu’elle m’offre une boisson et un glaçon au fond d’un verre,
Qu’elle me propose de triper devant une seringue
Où bien de caresser ses seins et triquer comme un dingue.
Elle est si blanche que je la vois dans le miroir
Comme une lueur dans laquelle raisonne l’espoir
Alors que c’est l’ombre de la mort qui s’est déguisée
En squelette pour me faire croire qu’elle est parfaite,
Lui faire entièrement confiance avant de tomber
Dans une embuscade derrière un bosquet pour finir étouffé.
Elle s’assoit et me contemple jusqu’aux dernières coutures,
Se demande lesquelles seront les premières à enfin sauter
Entre les siennes et les miennes qu’elle tente de s’approprier.
Elle se demande si je suis de ceux qui se laissent faire
Comme elle en criant déjà sous mes mains expertes,
Elle le sait le bonheur qui transporte ça se transpire
Et les gouttes qui meurent par terre sont toujours les pires
Au parfum du male dont seul le regard suffit pour jouir.

Si pour les fils de brute en rut c’est l’extase assuré,
Au ventre parfait et aux jambes droites mais courbées
De formes aux endroits propices pour se faire avaler,
Telle une pate cuite à en dévaster la poêle pour s’envoler,
Je sais que pour d’autres gars c’est de la beauté
À s’en faire interner tellement ils deviendraient mauvais
De ne pas lui souffler à quel point ils peuvent la détester
De trop la désirer.

Rocco Souffraulit, le 03/03/2011