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LES BUTTES CHAUMONT

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Ce n'est pas le jour qui se lève alors c'est moi

j'enroule les volets autour de mes bras et Paris s'allume

blanche avec ses grues rouges

Les buttes Chaumont de leur petit capuchon désert surveillent le dégel du bassin

elles attendent un cygne ou le retour des canards

mais Les Buttes Chaumont s'en foutent comme de tout

elles savent qu'elles passeront l'hiver

peu leur importe que la lumière ait choisi le blanc pour illustrer le froid méchant

et puis moi aussi je m'en fout

chez moi j'ai bien chaud

et puis d'ailleurs la nuit tombe déjà

il va falloir remettre les gants et me pendre à une des quatre cordes pour la nuit

le retour en boxe du paradoxe à qui je dois mon quotidien combat

je vais encore vivre de mon malaise

ne jubiler que de ma souffrance exprimée ne rien faire ne plus bouger

laisser le blanc me quitter à mesure que monte la nuit

je vais rester là à respirer des heures le souffle de ma revanche

dont j'ai perdu jusqu'au souvenir de l'origine.

Alors au loin Les Grands Moulins de Pantin se laissent bouffer par la brume

les néons se réveillent au dessus des bagnoles collées les unes aux autres

comme une grosse chenille aux yeux qui brillent

petit à petit c'est toute la ville qui clignote des rebuts de Noël

qui tristement pendent encore dans les rues

comme autant de cordes à linge étalants leurs slips lumineux.

J'ai laissé les cris les voix les sonneries s'étouffer dans le répondeur

je n'attend pas de nouvelle

il y a si longtemps que je n'attend rien

les histoires du monde ne seront jamais la mienne

pourtant je suis bien comme les autres à aimer ce que je n'ai pas

j'ai encore rêvé cette nuit d'une femme sans queue ni tête

nous avons parlé un peu pendant que je me disais qu'elle avait vieillit

j'écoutais sa douce voix pensant que si je restais lý

je deviendrais aussi vieux qu'elle.

A l'autre bout le Sacré-Cœur ý disparu

comme si la ville voulait échapper à mon regard

ses merdes de chiens ses pigeons ses combats perdus en silence dans ses entrailles

je regarde trépigner ses artères comme un serpent qui aurait la chiasse

une marée de chair vendue dans le froid des Maréchaux

cette ville de merde là devant moi samedi soir

qui va secouer sa joie dans la sueur et la musique

des heures durant jusqu'au petit matin d'hôpital

c'est peut-être là qu'on se retrouvera cette ville et moi

chez ces enculés de toubibs et leurs armoires pleines de science

ces abrutis sont bien capables de me sauver la vie

sans se demander le goût du cadeau

mais ils auront bien du mal à soigner les gueules de bois les gueules de plomb

les gueules de béton

j'aimais tant cette ville de devoir la quitter

il était si facile d'être un ange le jour de l'ouverture de la chasse

que vais-je écrire de cette vie nouvelle étalée devant moi

j'avais prépare mon lit de suaires de satin brodés d'avance aux mots de mon histoire

mais voilà qu'elle s'étiole mon auréole de surpris

alors ma jeunesse fuira lentement comme tout un chacun

par les trous de ma vielle couenne comme des pets foireux

J'aurai voulu être le fils du vent et caresser cette ville de mes humeurs

tantôt froides ou suffocantes

surgir et lécher d'une langue acidulée les jardins secrets de Barbes à Chinatown

et même tous les quartiers où je met jamais les pieds

et puis je serais parti comme une navette Challenger

alors mes cendres retombant sur terre auraient dessinées mon visage

à chaque averse traversée d'un rayon de soleil

pourquoi ne suis-je pas mort hier avec toutes ces mains posées sur moi

ces milliers de bras ne m'ont-ils pas serré assez fort

n'étaient-ils pas sur le quai par centaines agitant leurs mouchoirs

n'ai-je pas vingt fois répété mon adieu.

derrière moi la télé sans le son me baigne de ses couleurs et de ses flashs rapides

je n'ai pas besoin d'écouter je sais qu'ils parlent de moi

ils attendent de voir ce que je vais bien pouvoir faire sans courir

et devant la gerbe d'étincelles ils croient que je freine

mais ce sont mes dents qui grincent.

tous là à se dire qu'il va bien falloir que je descende de lý

que je les affronte tous encore

ils m'attendent de leur amour ou leur mépris avec leurs yeux leurs oreilles

ils comptent sur moi

pour vivre avec eux

je suis bien dans la merde

Je regarde cette ville que je ne vois pas et mon souffle se dépose sur la vitre

il est rouge du giro de la fourrière qui s'active en bas de l'immeuble

je pourrai d'ici foutre le feux aux Buttes Chaumont

des giros il y en aurait de toutes les couleurs

et des Superman qui courent dans tous les sens coiffés de leur casque de lumière

j'aime bien les pompiers

mais tout le monde aime les pompiers

et puis il fait bien trop froid dehors pour que quelque chose s'allume

et puis demain j'aurai trouvé ça moche.

Mano. 1999 Rue Botzaris.

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"Il n'est pas de fardeau que je ne puisse poser chaque soir. Chaque matin renaissent mas deux poings." (Mano Solo)

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